Autrefois
Les pages qui suivent sont des textes qui racontent des événements ou décrivent des lieux qui peuvent intéresser nos lecteurs. La plupart de ces écrits ont parus dans des journaux ou volumes de notre région. Ils suscitent beaucoup d’intérêt puisqu’il sont produits par des gens de notre milieu.
Notre ancêtre, Marguerite French
Vous êtes les descendants de Jacques Roy, fils de Pierre Roy et de Catherine Ducharme, lisez ce texte. Ce qui est raconté vous concerne particulièrement et vous intéressera sûrement.
Au cours de l’année 1664, des Mohawks ont attaqué le centre Pocumtuck au Massachusetts. Puis en 1675, d’autres Indiens ont attaqué à nouveau ce petit centre. Par la suite, ce village a disparu. Au cours des décennies suivantes, de nouveaux habitants anglais y ont érigé un petit village à environ 80 milles à l’ouest de Boston qu’ils ont appelé Deerfield. En 1704, 260 personnes y vivaient. D’autres petits centres anglais sont installés au nord de cet état américain, mais ils sont très éloignés.
Malgré plusieurs décennies de paix apparente, des conflits entre les Anglais et les Amérindiens rendent la région à risque pour ses habitants. À la fin de 1703 et au début de 1704, d’un côté et de l’autre, des affrontements et des représailles ont eu lieu dans la région entre les Anglais et les Indiens. Les habitants de ce petit village vivaient dans la peur. Au cours de la guerre de la reine Ann d’Angleterre, le gouverneur du Massachusetts annonce à la population que des soldats français et des alliés indiens se dirigeaient vers Deerfield et la vallée Connecticut. L’été 1703 s’est vécu dans la tranquillité malgré la peur qui régnait toujours dans la population. Toutefois en octobre, un groupe d’Indiens ont capturé deux hommes du village. La tension a monté. Des fortifications se sont élevées autour du petit hameau. L’état du Massachusetts a envoyé des soldats pour aider à protéger le village contre d’éventuelles attaques. L’automne et le début de l’hiver ont semblé amener la paix en même temps que le froid et la neige. Mais, ce n’était qu’une apparence.
Au matin du 29 février 1704, les habitants de Deerfield dorment à l’intérieur de la palissade. Même la vingtaine de soldats venus de Boston se reposent dans la douzaine de maisons situées à l’intérieur des limites du village. Les maisons situées à l’extérieur des murs sont abandonnées et vides. Une sentinelle devait surveiller au cours de la nuit. Cependant, aux petites heures du matin, il a failli à sa tâche.
Pendant la nuit, à deux milles au nord de ce hameau, près de la rivière Deerfield, de deux à trois cents soldats français et indiens Agniers et Abénakis dirigés par les frères Hertel se sont reposés après avoir parcouru près de trois cents milles pour atteindre cet endroit. Puis, la neige leur permet de traverser, dans le silence, la rivière et des fermes qui les séparent du village. De plus, la neige accumulée près des murailles permet aux attaquants de les gravir facilement. Les guerriers se dispersent à l’intérieur du village encore endormi. Le signal est donné. Un cri annonce le début de l’attaque. Face au désespoir et à la bravoure des résidents, la force des Français et des Indiens est beaucoup trop grande. Finalement, les survivants avouent la perte du village et se déclarent vaincus. Cinquante-six hommes, femmes et enfants gisent sur le terrain. Cent-neuf autres sont capturés. La moitié des maisons sont incendiées.
Thomas French était forgeron, clerc de notaire employé par la municipalité et diacre. Il était marié à Margaret Catlin. Lui et les membres de sa famille ont été capturés lors de cette descente sanglante. Son épouse y a été tuée. Suite à cette conquête, une de leur fille fut amenée vers le nord et assimilée chez les Indiens à Kahnawake. Deux autres de leurs filles ont aussi été amenées au Canada et prise en charge. Quelques années plus tard, elles se sont mariées dans la région de Montréal et ont eu plusieurs enfants.
L’une d’elles était née le 22 mars 1695 du nom de Martha French. Son destin comme celui de ses soeurs allait être complètement chambardé suite à ces malheureux événements. Elle avait 9 ans lorsqu’elle fut capturée par les Indiens. Elle a été amenée à Sorel où elle a vécu parmi les Abénakis. Près de deux ans plus tard, elle est achetée par un marchand de Montréal pour être confiée aux religieuses de la Congrégation Notre-Dame qui oeuvrent dans cette ville. Elle devenait “une donnée” aux religieuses. Elle est baptisée et reçoit de sa marraine religieuse le nom de Marguerite du nom de sa mère naturelle
Le 24 novembre 1711 à l’âge de 16 ans et 7 mois, elle deviendra l’épouse de Jacques Roy à qui elle assurera une nombreuse descendance. C’est ainsi qu’elle deviendra une de nos ancêtres. Vers 1889 et cinq générations plus tard, Gilbert Roy, arrière-arrière-arrière-petit-fils de Martha French et Jacques Roy, quittera Farnham en Montérégie pour venir s’établir à Weedon avec sa nombreuse famille. En plus de ses garçons Zénon, Joseph, Cyprien et Louis qui continuent de répandre le patronyme Roy partout en Amérique du Nord, les filles Marie, Delphine, Clara, Anna et Georgianna s’uniront à des Lemay, Bourque, Grenier et Magnan pour multiplier leur descendance. Philomène, elle, deviendra religieuse.
Dans la section généalogie, je ferai connaître la lignée d’ancêtres d’un des descendants de cette famille Roy.
Recherches réalisées par Gilles Magnan
Information : War and Society in Colonial Deerfield de Richard Melvoin
6 août 2010
L’aide entre voisins et la grippe espagnole
Le 15 octobre 1918, Joseph Rousseau demeurant de l’autre côté de la rivière Saumon, entend des meuglements provenant de la terre des Denis. Il remarque qu’aucune fumée ne flotte de leur cheminée, même s’il fait froid. Considérant ces indices inquiétants, il s’empresse de se rendre chez les Denis afin de vérifier ce qui se passe, amenant avec lui son fils, Camille, âgé de 12 ans. Père et fils empruntent le chemin de terre tracé sur la ferme, après avoir traversé la rivière Saumon. Parvenu à la maison, Joseph est stupéfait du déchirant spectacle qui l’attend. Toute la famille Denis est malade de la grippe espagnole et l’épouse de Delphis, Elmina Therrien, décédée au cours de la nuit, enserre sur elle la petite Précille, couchée sur sa mère et malade elle aussi. Elle mourra quatre jours plus tard le 19 octobre. Le poêle est éteint, il fait froid dans la maison.
On dit que cette grippe était accompagnée de fortes fièvres, et que les personnes atteintes vomissaient et éprouvaient des dérangements d’intestins. Les malades tombaient de faiblesse dès qu’ils sortaient du lit et, à cause de la fièvre, devenaient insouciants et presque décrochés de la réalité. Ils souffraient aussi de congestion pulmonaire. Les plus vulnérables étaient les jeunes mamans et les nouveaux nés.
Camille Rousseau, demeuré à l’extérieur parce que Joseph lui avait interdit d’entrer, fut chargé d’aller chercher Madame Fortier, la mère de Ti-Jean, mais, curieux comme tous les garçons de cet âge-là, il avait grimpé et se soulevant des mains au rebord de la fenêtre de la chambre, il avait vu la mère et l’enfant gisant sur le lit. Ce souvenir demeura longtemps dans sa mémoire.
La famille Denis, temporairement incapable de fonctionner, fut donc soignée par Madame Fortier et par Joséphat Rousseau qui s’occupa aussi des animaux qui avaient été négligés.
Le médecin, mandé sur les lieux, recommanda aux deux bénévoles de quitter la maison à cause du risque de contagion qu’ils encouraient face à leur famille respective. Mais Joseph ignora ce conseil répliquant : « On ne laisse pas des animaux sans soins, encore moins des voisins ». Les Rousseau et les Denis avaient noué des liens étroits, car, Marguerite Breton la mère de Joseph, était la soeur de Marcelline, la grand-mère des Denis.
À Fontainebleau, du 15 au 19 octobre 1918, au moins 12 personnes ont succombé à cause de la grippe espagnole. C’était un nombre très élevé, si l’on considère qu’au cours de toute l’année, 25 sépultures ont eu lieu dans ce petit hameau.
Ce récit a été relaté dans le volume de Fontainebleau réalisé lors du 75e anniversaire de cette paroisse.
29 juin 2010
Souvenirs « spécial Noël »
Weedon – Années 20
Ce texte de monsieur Benoît Tanguay a paru le 9 décembre 1986 dans L’Éveil du Citoyen. Il nous raconte ses souvenirs des Noëls de son enfance.
Noël est fêté par la terre entière depuis la Naissance jusqu’à nos jours. Noël de notre jeunesse, à Weedon en particulier, se préparait longtemps d’avance. Tout en n’oubliant pas la vraie signification de la fête, il fallait préparer les réjouissances qui l’accompagnaient. Je ne peux parler pour les autres, aussi je vous dirai ce qui se passait chez nous. Aussitôt le froid arrivé, M. Vallière du 4e rang, venait chez nous comme chez plusieurs autres, « faire boucherie ». Il faut que je vous explique que la majorité des gens du village engraissaient un ou deux cochons pendant l’été, derrière leur demeure dans des hangars, petites étables, etc., et ce, en prévision des Fêtes. Les voisins d’en arrière ne pouvaient protester, car il n’y avait pas d’autre rue. Pendant que l’on assistait comme spectateurs, M. Vallière saignait l’animal et ma mère recueillait le sang en brassant continuellement pour le boudin. Le boucher continuait son travail et maman surveillait pour ne pas manquer sa « graisse de panne » pour ses cretons. Le lendemain, avec les carcasses refroidies, c’était le dépeçage en pensant toujours au ragoût de boulettes, aux tourtières et aussi à la graisse pour les fameux beignes : gare à celui qui se serait permis d’en prendre un dans la grande boîte de « fer-blanc » avant Noël.
Un mois et demi avant la fête, c’était les exercices de chant pour la messe de minuit. Comme ma mère était organiste, tout se passait chez nous. La messe, c’était en « parties », soprano, ténors, altos et basse : un gros travail de la part de tous les membres de la chorale. Les pratiques se faisaient dans le salon du 2e étage pour les hommes, mais les filles et les gars de l’école avec leurs bottes pleines de neige restaient dans la très vaste cuisine, où le curé envoyait le petit orgue à pédales de la sacristie pour la durée des pratiques. Ma mère avait toute une « job » mais tout se passait bien et surtout tout était prêt à temps pour Noël.
La veille, nous les enfants, prenions le souper à bonne heure, afin de se coucher jusqu’à l’heure du départ pour l’église. Pas grand sommeil de peur de passer tout droit! Nous nous rendions à l’église vers 11 h 15, car maman avait bien des choses à voir. C’est peut-être mon imagination, mais je ne me rappelle pas avoir vu une veille de Noël où les étoiles ne brillaient pas dans le ciel froid et clair. Au sortir de chez nous, on entendait les grelots des traîneaux de très loin : du 2e rang, les Patry, les Gagné, les Fréchette, les Desmarais; du 4e rang, les Vallière, les Fontaine; du côté de Fontainebleau, les Fortier; du rang St-Édouard, les Gagné, les Adam, les Gauthier; du bord de Marbleton, les Magnan, les Boucher, les Fontaine, les Allard; de la rivière aux Canards, les Galipeau, les Fontaine, les Leblanc, les Saulnier et Romulus qui venaient rejoindre au pied de la côte du cimetière ceux du rang Ham Sud, les Phaneuf, les Rondeau et encore des Fontaine; du vieux village, les Barolet, les Giguère, les Després, les Palardy, les Surprenant et les Tardif, tous en direction de l’église, tous souriants, car le sourire est de mise à Noël.
Sur le perron, à l’instar des autres dimanches de l’année, personne ne flânait. Tous les paroissiens entraient au plus vite pour ne pas manquer le premier coup de minuit. À la première cloche de douze heures, on aurait dit que le Ciel s’ouvrait et étreignait la Terre. Dans le choeur, la procession arrivait précédée par le vicaire ou un diacre avec dans les bras l’Enfant-Jésus qu’il allait déposer avec grande douceur dans la crèche au grand soulagement des tout-petits qui voyaient la Vierge, Saint Joseph, l’Âne et le Boeuf et qui se demandaient où était bien passé le petit Jésus. Les enfants de choeur se tenaient plus droit qu’à l’ordinaire, peut-être qu’il y avait plus d’empois dans leur soutane, et enfin les servants et le célébrant. Au même moment, accompagné de l’orgue « fortissimo » le notaire Bourget, de sa plus belle voix, rappelait aux assistants « Minuit chrétien, c’est l’heure solennelle »… Le choeur de chant, sous la baguette de ma mère et assisté à l’orgue de Fernande Lemieux, remportait toujours un succès; comme disait un vieux du village : « y chantent pas toujours égal, mais y finissent ensemble ». Le Dr Lemieux, s’il n’était pas à faire un accouchement à Stratford ou à Ham-Sud, faisait partie de la chorale. Il faut vous dire qu’un « pompeur » en arrière de l’orgue fournissait l’air essentiel au bon fonctionnement de l’instrument et à Noël, on lui faisait cadeau d’un assistant. Les deux étaient également gardiens de certains petits paquets confiés par quelques membres et qui servaient à la sortie pour rafraîchir leurs cordes vocales surchauffées.
À la fin de la messe de l’aurore chantée par les jeunes, les gens se pressaient de sortir au plus vite, en pensant au réveillon. Voici une petite anecdote en passant. Mon ami Oscar, sans doute hypnotisé par les beaux cantiques de Noël, s’endormit dans un banc au fond du jubé. Le public sorti, le sacristain barrait toutes les portes et fermait les lumières avant de se retirer au presbytère, car il était le père du curé Robidas. Vers les 4 heures du matin, Oscar se réveilla dans la grande noirceur; seulement quelques petits lampions scintillaient à l’autre bout de l’église. Il mit le pied sur le petit banc, ce qui le fit basculer et retomber avec un grand fracas. Il avançait tant bien que mal, car chaque pas faisait un bruit infernal qui se répercutait dans tous les coins. Pris de panique, il se rendit devant les grandes portes sans pouvoir les ouvrir. Il tira sur un câble qui pendait près de lui et la cloche de l’église retentit, réveillant le bedeau et le curé qui se rendirent au temple. En ouvrant les grandes portes, le bedeau ne sentit qu’un courant d’air passer, c’était mon ami Oscar qui s’enfuyait à toutes jambes. M. Robidas apprit son nom que quelque temps plus tard.
De retour à la maison, tous réveillonnaient; les enfants très jeunes étaient mis au lit, mais les autres veillaient jusqu’au « train du matin » pour les gens de la campagne et jusqu’au déjeuner pour ceux de la ville… Je vous fais grâce de toutes les activités du jour, mais laissez-moi vous dire que le matin de Noël, les cadeaux étaient bien beaux et le bas nous attendait accroché au foyer plein de fruits et de bonbons. Aujourd’hui, je pense qu’il aurait été bien commode d’avoir des « bas-culottes ». Ah! s’ils avaient été inventés!
Le lendemain, les ménagères recommençaient leur tâche à la cuisine pour le Jour de l’An. Pendant la semaine, nous mangions les « restants » de Noël jusqu’à la bénédiction du Jour de l’An. Chez nous, c’était moi qui la demandais, car j’étais le plus vieux, selon la tradition. Cela se passait à bonne heure et souvent mon père était encore au lit. Il se levait avec sa jaquette de « flanellette » aux genoux et au pied du lit, il nous bénissait. Toute sa vie, le boniment n’a jamais changé d’un seul mot : je vous bénis au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Faites de bons petits garçons et écoutez bien votre mère… » Lui, faut croire que ce n’était pas important!
Ça se passait comme ça, les Fêtes : Joyeux Noël à tous!
Benoît Tanguay
22 décembre 2009
Souvenirs pénibles d’autrefois
Ce texte a paru dans L’Éveil du Citoyen en mars 1989. Madame Yvonne Fontaine Audet nous transmet des souvenirs de son enfance.
Devons-nous, oui ou non, raconter à nos jeunes générations nos anciens souvenirs, surtout ceux qui nous ont le plus impressionnés? Nous trouveront-ils radoteurs et « vieux jeu »?
Bien moi, à l’aube de mes 85 ans, j’ai le goût de raconter un fait vécu de mon jeune âge, qui pourrait peut-être rendre service à quelques-uns de ces jeunes couples, qui sans le savoir, pourraient subir le même sort que ces personnes dont je veux parler.
Voici les faits. Cela date de 1914 et concerne un couple de fermiers, demeurant près de mes parents, à la Rivière aux Canards, monsieur Paul Galipeau et Élisabeth Côté, son épouse. Il demeurait en face du lac Louise. Aujourd’hui (en 1989), monsieur Claude Lacasse y demeure.
Élisabeth avait mis au monde le 30 mai 1914, Armand son sixième enfant, assistée de sa soeur madame Marie Côté, épouse de Raymond Fontaine.
Mme Raymond Fontaine avait, elle aussi, sa famille. Elle dit à sa soeur Élisabeth :
- Je vais t’envoyer ma fille Fabiana, et je viendrai souvent.
Elle n’avait que 13 ans; malgré son jeune âge, elle s’occupait bien de sa besogne. Mais voilà que le 5 juin, elle décide de faire un bon dessert pour tout le groupe : des « grands-pères » au sirop d’érable. N’étant pas trop au courant de tout ce qu’il y avait dans l’armoire, elle examine et prépare tous les ingrédients nécessaires, farine, oeufs etc. Cependant, elle ne trouve pas de poudre à pâte. Elle en voit une boîte sur la tablette du haut, le prend et prépare le tout.
Sophie Brière, mère de Paul et veuve de Samuel Galipeau depuis le 17 février habitait avec eux depuis la mort de son mari. Voyant les repas préparés, elle dit :
- Je vais manger avec quelques-uns des enfants, ensuite nous nous occuperons des plus jeunes.
Tous mangèrent avec appétit; mais presque aussitôt après avoir mangé leur pouding, les enfants se plaignent d’avoir des crampes d’estomac et accourent à l’évier pour vomir et restituer leur dîner. Mais la vieille ne vomit pas, elle perdit connaissance!
La petite Fabiana envoie un des enfants chercher leur père qui était chez le voisin d’en face, Émile Domon. Puis, un autre alla chercher sa mère, Marie Côté, qui appela aussitôt le Dr J.P.C. Lemieux. Ce dernier accourt tout de suite, car il avait compris qu’il y avait empoisonnement. Il dit à Paul :
- Fais-leur boire du lait en attendant que j’arrive, mais sa mère, elle, étant inconsciente ne put boire. Le Dr fit tout ce qu’il était possible de faire, mais elle mourut la nuit même.
Le docteur voulait connaître la cause de cet empoisonnement. La petite lui montra tout ce dont elle s’était servi. Dans le potage, rien; mais, dans les poudings? Paul lui demande :
- Où as-tu pris cette boîte de poudre?
- En haut, sur la tablette.
C’était de l’arsenic que Paul avait acheté, l’hiver d’avant, du Dr Lemieux pour soigner ses chevaux et le reste avait été mis dans une boîte vide de poudre à pâte Magic et serré dans le haut de l’armoire…
La petite ne fut pas blâmée, car elle ne savait pas, mais le docteur a servi une bonne semonce à Paul qui regrettait amèrement son geste. Mais c’était fait, il se sentait surtout coupable de la mort de sa mère qui avait 73 ans et 6 mois.
Il fallut quand même voir à l’enterrement. C’est là qu’il a vu qu’à Weedon on savait secourir ceux qui, comme eux, subissent de si grandes épreuves. Les secours arrivaient de toutes parts, gardiennes pour venir en aide à cette pauvre Élisabeth au lit avec une défense formelle du médecin de se lever.
Les repas arrivaient tout préparés par les voisins et amis. Mais une autre mère du voisinage devait aussi rester alitée et recevoir de l’aide, soit la fille même de cette vieille qui venait de décéder d’une façon si brutale. En effet, madame Ferdinand Fontaine, Alvina Galipeau, soeur de Paul, qui demeurait dans le voisinage venait d’accoucher d’un garçon Antonio le 31 mai. Elle ne pouvait aller voir sa vieille maman. Que de chagrin elle supportait! Je n’oublierai jamais, car le jour des funérailles, maman me dit :
- Tu serais bien capable d’aller prendre soin des enfants pour que Ferdinand puisse aller au service avec Wilfrid qui lui comme moi avait 11 ans et Rose-Alba étant plus jeune.
Ce que je fis de bonne grâce, mais voyant cette bonne tante si chagrinée, je pleurais avec elle, surtout lorsqu’elle me demanda d’ouvrir les rideaux de sa fenêtre pour qu’elle voie au moins passer le corbillard qui emportait sa bonne maman… Les larmes m’aveuglaient, mais elle dit :
- Si tu veux laver les enfants et changer leurs vêtements pour qu’ils voient passer le cortège.
Comme cortège, c’en était tout un. Toute la paroisse semblait en faire partie. Le corbillard était conduit par monsieur Joseph Vallière, qui avait deux beaux chevaux noirs couverts de draperies noires. C’était édifiant, mais ça ne réussissait pas à nous faire oublier notre chagrin.
Tout de même, cet accident mortel a réussi à faire comprendre à beaucoup d’autres, fermiers ou non, qu’eux aussi avaient à tirer une leçon de ce malheur et à faire l’inventaire de leurs produits.
Vous tous qui lirez ce fait, regardez donc dans vos pharmacies ou autres s’il n’y a pas quelque chose à corriger.
Une nonagénaire qui se souvient,
Madame Yvonne Fontaine Audet
15 novembre 2009
La danse de l’ourse
Avant la venue de la télévision, nos ancêtres savaient aussi se divertir. Une activité qui a sans doute frappé l’imaginaire de jeunes était la venue, quasi annuelle, de l’amuseur public avec son ourse. Deux dames de Weedon, qui seraient aujourd’hui plus que centenaires, en font mention dans leurs mémoires. Voici donc des extraits de ces écrits.
À la mi-octobre, tous les enfants du village et de la campagne étaient réunis dans leur école respective.
Attentifs à leurs devoirs, ils furent brusquement tirés de leurs livres par un toc toc bruyant fait à la porte. L’institutrice, s’empressant d’ouvrir, vit un gros homme barbu. Celui-ci lui dit : « J’ai un spectacle à vous faire voir, vous et vos élèves; il faut cependant payer 50 cents pour tout le monde ». Devant l’impossibilité de ramasser ce montant, la maîtresse d’école devait refuser. Le bon curé, demeurant en face de l’école, arriva en courant, dit : « C’est moi qui paierai, monsieur ». Tous heureux et en rangs, nous sortîmes dehors.
Je me souviens qu’une fois, une petite fille faillit perdre conscience tant la peur fut grande en apercevant l’ourse. Celle-ci n’était pas dangereuse, elle était muselée et surnommée familièrement Marie-Louise par son maître. Ce dernier lui adressait des ordres et conseils auxquels elle obéissait. De sa grosse voix, il lui criait : « Un salut pour tous ». Puis, « danse, danse, Marie-Louise ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Le clou du spectacle, c’était : « grimpe dans le poteau ». Que c’était excitant à voir!
Si des adultes du village se joignaient aux élèves, le chapeau passait pour récolter quelques sous. C’est ainsi que d’un village à un autre, l’homme et son ourse venaient distraire jeunes et vieux.
Antoinette Lalumière, institutrice
20 mai 2009
