Année 1903

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Année 1903 2018-03-22T19:56:53+00:00

La vie paroissiale

Au mois de février, le révérend Philémon Brassard, curé de la paroisse St-Janvier de Weedon depuis vingt ans, quitte sa cure pour celle de Wotton. Lors de sa dernière messe du dimanche, MM. Napoléon Tanguay, Saül Delude et Xavier Brisson, maires des trois municipalités que couvre la paroisse, ont présenté une adresse d’adieu et une généreuse bourse à titre de reconnaissance des paroissiens. C’est avec éloquence et reconnaissance que notre curé a répondu à cette marque de reconnaissance.

Dimanche 22 février, notre nouveau curé le Révérend M.J.A. Lefebvre a célébré sa première messe à l’église Saint-Janvier de Weedon alors que le vicaire M. Letendre l’officiait. Il a lu la lettre de son Évêque qui lui confiait cette nouvelle tâche; il a parlé des paroisses qu’il avait desservies depuis 1878. Dans de belles envolées oratoires, il a déclaré venir ici pour y travailler et protéger le troupeau qui lui était confié. Par la suite, il s’est élevé fortement contre les licences d’hôtel. Monsieur Napoléon Tanguay lui a lu une adresse.

Dans cette marque de politesse et d’accueil, les paroissiens de Weedon souhaitaient la bienvenue à leur nouveau curé tout en soulignant toute la gratitude et l’appréciation pour la vingtaine d’années que son prédécesseur avait donnée à la paroisse.

La messe de Pâques a été célébrée encore une fois d’une façon pompeuse. Monsieur le curé Lefebvre a présidé la célébration et l’abbé Letendre a fait le sermon. Mlle Maria Bourque agissait comme organiste et monsieur J.A. Moreau Jr. était le chef de fanfare. Messieurs C. Lemieux, J.H Bourget, L.A. Beaubien et J.S. Croteau entre autres faisaient partie du choeur.

À la mi-juin, Mgr LaRocque de Sherbrooke accompagné de Mgr Tanguay et des abbés Auclair, Gervais et Michaud sont venus administrer le sacrement de confirmation à 164 personnes parmi lesquelles une dame de 78 ans faisait partie.

À la fin du mois d’août, notre curé Lefebvre s’est élevé à nouveau contre l’ivrognerie et la vente de boisson sans licence dans la paroisse. Sa voix forte et bien distincte a sûrement eu effet sur l’auditoire nombreux.

Fait rare dans nos campagnes. Le manque d’eau qui sévit dans la région ne permettait pas aux cours d’eau de produire de l’électricité. Résultat : la messe de minuit n’a pas eu lieu dans notre paroisse.

Les affaires municipales

Dès le 3 janvier 1903, monsieur O. Lamoureux, secrétaire-trésorier de la Municipalité du Canton de Wolfe a donné un avis public annonçant que des terrains seraient vendus par encan public au début du mois de mars pour cause de non-paiement des taxes à moins qu’elles soient payées avant cette vente. Ce sont les propriétés suivantes :
un lot 128 de Victor Croteau de Lac Weedon, taxes dues : 15,84 $
un lot 2B rang I de 59 acres de Augustin Gagné de Weedon, taxes dues : 15,00 $
un lot 2C rang I de 89 acres de Augustin Gagné de Weedon, taxes dues : 15,61 $
un lot 8B rang I de 84 acres de Lewis McEaver de Weedon, taxes dues : 16,95 $
un lot 4D rang II de 27 acres de Télesphore Marcoux de Weedon, taxes dues : 11,50 $.

À une session trimestrielle du conseil municipal du comté de Wolfe, tenue à la fin de décembre, étaient présents les personnes suivantes : MM. Saül Delude, préfet et maire du village de Lac Weedon, Geoges Chamboux maire de Stratford, Piere Vachon maire de Garthby, F.S. Fréchette maire de Wolfestown, Théodore Gosselin maire de St-Fortunat, Joseph Picard maire de Ham Nord, Charles Gagné maire de Notre-Dame-de-Lourdes de Ham, Alfred Bellerose maire du Sud Ouest du canton de Ham, Berthius Phénix maire de Wotton, J.H. Crépeau maire de St-Camille, Joseph Cunninghan maire de Dudswell, Napoléon Couture maire de St-Joseph de Ham Sud et Xavier Brisson maire de Weedon.

Les affaires provinciales

Dans la période préélectorale, beaucoup d’articles paraissent dans Le Progrès nous informant des élections prochaines. Le premier que l’on voir le 24 mars 1903 annonce la candidature de Napoléon P. Tanguay, conservateur, qui n’est pas un « étranger », qui a « à coeur l’intérêt du comté ». « Il est du bois pour faire un bon député pour son comté… Il peut obtenir une part des subsides pour venir en aide aux municipalités… Il lance même, sans aucune gêne, qu’il aura l’appui des libéraux comme des conservateurs. C’est un homme d’affaires qui connaît tellement bien les besoins en chemin : chemins entre les différents cantons, chemin pour se rendre au bureau d’enregistrement et des sorties vers les grandes routes pour les habitants des nouvelles concessions dans plusieurs rangs en développement. Ainsi, sa candidature est lancée pour de bon…

Dans les parutions qui ont suivi, les réactions à cette première lettre n’ont pas tardé. Il est dit que « son attitude politique toujours intéressée avait fait perdre à la population de Weedon le mandat du comté de Wolfe en 1900… alors qu’il n’avait pas appuyé monsieur Bourget ». On y rappelle humoristiquement ses propres paroles : « Monsieur Tanguay est du bois pour faire un bon député… Très bien! Lorsque Wolfe désirera un député de bois, il est certain qu’il n’oubliera pas M. Tanguay».

Dans une autre missive du Progrès, on soulève l’idée « … que l’auteur du premier article désire sonder le terrain et tâter le pouls des électeurs de Weedon…». On ajoute : « Weedon fut jadis le château fort conservateur du comté; mais… les temps sont bien changés et M. Tanguay, s’il se présente, s’en apercevra. »

Quelques semaines plus tard, un partisan libéral louait le travail et les interventions courageuses de notre député actuel, monsieur Chicoyne, à l’égard du bill des médecins… Il parle même de la possibilité qu’il puisse faire partie du cabinet aux prochaines élections… puisque les libéraux prendront le pouvoir. Si monsieur Chicoyne n’a pas réussi certains projets dans le passé dans le comté, c’est qu’il était malheureusement dans l’opposition.

Dans une autre lettre, un partisan conservateur nie que « monsieur Tanguay soit l’auteur de l’article paru le 24 mars passé dans Le Progrès de l’Est.

Les affaires

À Lévis, le Québec Central est très occupé. Il y emporte le bois que les différents acheteurs marchands de la Beauce et de notre canton acquièrent en très grande quantité des propriétaires de boisés de notre région. Ces marchands sont MM. Joseph Morin, N.P. Tanguay, L. Turgeon et Auguste Perron. Ces acheteurs marchands fournissent ainsi des centaines et des centaines de cordes de bois de chauffage pour la région de Lévis et de Québec.

Une assemblée des directeurs de la Compagnie Hydraulique Saint-François fut tenue à la fin de février à Disraeli. Un rapport a été remis par le gérant, monsieur Napoléon P. Tanguay, au sujet de la construction du barrage de la rivière St-François dans cette municipalité. Ce barrage s’étend sur 550 pieds de longueur sur 65 pieds de base et s’élève à 40 pieds de hauteur. Les travaux de cette imposante structure ont commencé en mai 1902. Cette compagnie donne de l’ouvrage à plus de 100 hommes et donne en salaire 60 000 $ environ. Elle fournira l’électricité permettront aux mines et terres de Coleraine et de Black Lake d’être exploitées. Les directeurs sont très satisfaits des travaux accomplis et ne négligent rien pour installer machineries et générateurs des plus modernes. Les bâtisses seront en brique avec charpente en fer et fondations en béton. Le tuyau d’alimentation des turbines aura 20 pieds de largueur sur 16 pieds de hauteur.

La compagnie a l’intention de construire un autre barrage de dimension semblable à celui de Disraeli quoique la rareté du bois convenable et nécessaire pour une telle construction pourrait retarder ou même empêcher sa réalisation.

À la fin de mars 1903, il est mentionné dans un bulletin judiciaire qu’une action était maintenue entre Napoléon P. Tanguay, demandeur et Brière, défendeur.

Dans la région, l’Association de bois de pulpe de la Province de Québec qui n’a qu’un an d’existence, a tenu une réunion à la mi-avril. MM. H.M. Price de Québec a été réélu président; E.W. Tobin de Brompton Falls vice-président. Lors de cette assemblée, MM. F.N. McCrea de Sherbrooke, O.C. Morissette de Lac Mégantic, G.H. St-Pierre M.P.P. de Coaticook, O. Brouillard de Carmel, G.C. Poulin de St-Jean, G.T. Smith de Québec, B.C. Howard de Sherbrooke, G.P. Nadeau de Stanfold et John Champoux de Disraeli ont tous été élus directeurs. Cette formation a obtenu de très bonnes améliorations pour le transport du bois par train et pour le rétablissement du prix du droit de coupe à 1,90 $ par corde de bois au lieu de 0,65 $ la corde.

Le 5 mai 1903, Le Progrès annonce que monsieur G.N. Lamoureux vient d’ouvrir un hôtel de première classe près de la gare du Québec Central. Il était situé sur la 9e avenue actuelle au début du chemin qui mène vers Moulin Fontaine.

La Royal Lime Co de Lac Weedon a dû subir de grandes pertes lorsqu’un feu de forêt a détruit environ 600 cordes de bois destinées à ses fourneaux. Les cultivateurs des environs ont travaillé très fort pour arrêter ce feu, mais il fut impossible de sauver ce bois. Le propriétaire, monsieur P.A. Roy, était à Sherbrooke. Il est arrivé après que tout se soit consumé. Heureusement, une assurance de 1 500 $ a couvert ses pertes.

Monsieur Napoléon P. Tanguay, marchand général et commerçant de bois de Weedon, se fait construire une très jolie résidence près du chemin de fer par les entrepreneurs Simoneau et Dion de Sherbrooke. La finition intérieure sera terminée en chêne et l’extérieur en brique. Cette luxueuse résidence coûtera 8 000,00 $ environ.

Au début de juin, il est ordonné par la Cour du District St-François à Dame Julie Côté du canton de Weedon et maintenant absente de la province de Québec, veuve de feu Prosper Benoît cultivateur et défenderesse, de comparaître dans le mois devant Genest & Fraser P.C.S. Fait par Panneton & Leblanc pour le demandeur Napoléon P. Tanguay marchand de Weedon.

La Compagnie des Pouvoirs hydrauliques St-François a fait débuter la construction d’un barrage aux deux chutes dans le canton de Weedon sur la rivière St-François. Ce pouvoir hydraulique vise la distribution de l’éclairage électrique. Monsieur Napoléon P. Tanguay est le président de cette compagnie.

Un autre petit centre subit des pertes importantes dans la région de Weedon. En effet à la fin de septembre 1903, un incendie considérable a détruit à Gould l’hôtel McKay, une grange, la forge Murray et la beurrerie du village. Malheureusement, les pertes s’avèrent considérables. Les hommes du village assistaient à l’exposition de Bury pendant que le feu faisait rage.

Monsieur F. Bisson de Lac Weedon et Olivier Archambault de Sherbrooke ont fait l’acquisition de 3 000 acres de terrains boisés et de la scierie Allen située à Lac Weedon. Monsieur Bisson, homme entreprenant, a réussi à former une compagnie dont le capital monte à 50 000 $ pour exploiter ces terrains et d’autres à acquérir. La scierie qui est en construction sera en opération vers la fin de l’année. Les produits de cette usine sont destinés au marché américain. Par cette heureuse initiative, monsieur Bisson et son associé continuent à contribuer au développement du Lac Weedon.

Dans notre voisinage, les rues du village de Marbleton et sa salle publique initient un nouveau mode d’éclairage dans nos cantons. Ils utiliseront le gaz acétylène.

Le mois de décembre 1903 s’annonçait rigoureux. Dès le 15e jour de ce mois, plus de deux pieds de neige étaient tombés alors que jamais auparavant les colons ne subissaient une telle sécheresse. Presque tous les cultivateurs devaient transporter l’eau pour fournir les animaux de la ferme ainsi que les besoins de la maison. Quelques habitants devaient faire quatre milles pour aller chercher ce précieux liquide. Les moulins limitaient leur production de farine. Les lumières au village de Weedon-Centre ainsi que celles qui éclairent l’église n’ont pas fonctionné depuis le début de septembre. Cette situation n’avait jamais été vécue dans le passé sur ce territoire. On prévoit même que les habitants de Lac Weedon devront s’approvisionner dans la rivière St-François tant que cette sécheresse perdurera.

Plusieurs voitures charroient des billots provenant de coupes de bois du rang 9. Ils se dirigent à la scierie de MM. Archambault & Bisson nouvellement acquise et prochainement en fonction.

À la fin de décembre, il a été question entre quelques intéressés d’établir une manufacture d’ouvertures à Weedon Station lors d’une réunion.

La vie communautaire

Le Cercle Racine No. 182 de l’Alliance Nationale fut institué à Weedon au mois de juillet 1903. Monsieur H.H. Vaillancourt et les quatre-vingt-un membres admis ont effectivement reçu les lettres patentes de ce nouveau cercle. Les officiers de ce cercle sont MM. le curé J.A. Lefebvre chapelain, G. Roy président, N. Mercier vice-président, N. Fontaine S.A., J.P. Lemieux M.D., G.N. Lamoureux, A. Brière, T. Brière.

Décès, maladies et accidents

Le 13 mars 1903, le Progrès nous informe que sept maisons sont tenues en quarantaine pour cause de picote.

Le 31 mars, il est annoncé que monsieur Joseph Lussier, l’un des plus anciens citoyens du Lac Weedon, est décédé à l’âge de 82 ans. Il y habitait et prenait part à la vie active de son village d’adoption depuis l’âge de 15 ans.

L’épouse de monsieur François Brière du Lac Weedon a fait une chute dans un escalier et s’est brisé trois côtes. Suite à cet accident, on déclare que son état est devenu très critique.

Le jeune garçon de monsieur Ludger Cloutier souffre des fièvres typhoïdes depuis deux semaines. On craint qu’il n’en succombe. Les malheurs s’acharnent sur notre concitoyen et sa famille puisqu’il y a peu de temps, il a lui-même perdu un oeil après d’atroces souffrances.

À la fin d’avril 1903, monsieur S. MacDonald, employé au flottage des billots dans l’étang du moulin Gould s’est noyé accidentellement. Il a glissé du billot sur lequel il se tenait et fut entraîné dans le canal du moulin. Il fut retiré de l’eau alors qu’il était déjà décédé. Devant les faits qui lui ont été racontés, le coroner n’a pas cru nécessaire d’exiger une enquête.

Un pénible accident est survenu à Weedon au début de mai. Le fils de Jos Fecteau qui demeure sur le chemin de Ham Sud était occupé à fendre du bois dans sa cour alors que son jeune frère s’amusait près de lui. Tout à coup, la hache s’échappa de ses mains et vint frapper le jeune garçon de 7 ans sur le cou. L’instrument lui a ouvert les artères et causa la mort du jeune presque instantanément.

Les nouvelles de nos gens vivant à l’extérieur ne sont pas toujours belles. Monsieur Ovilard Caron dont les parents demeurent à Weedon et qui était marié vit à Taftville au Connecticut. Il aime jouer au billard. L’un de ses amis insiste et insiste encore pour qu’il joue avec lui. Il refuse et lui suggère un autre adversaire pour ce jeu de table bien populaire. Curieux de voir le déroulement de cette compétition amicale, Ovilard suit les quatre premières parties où son ami ne peut remporter aucune d’entre elles. Une cinquième partie se joue sur un pari et prend fin avec le même résultat. Ovilard, amusé, se permet de taquiner amicalement son ami perdant. Ce dernier s’emporte et frappe violemment Ovilard avec ce qu’il possède dans ses mains, la queue de billard. Il le frappe à la tête si fortement que la victime tombe « foudroyée ». La venue d’un médecin s’avéra inutile, la mort avait fait son oeuvre. Frégeau, le meurtrier demeurait à Taftville avec ses parents. Il était marié et père d’un enfant. Ovilard, âgé de 29 ans laissait une jeune épouse dans le deuil.

Samuel Guillemet de Lac Weedon a failli se faire fracturer une jambe alors qu’il travaillait dans les chantiers. Il s’en est tiré après avoir enduré de grandes souffrances.