0 – L’hôtel Lasalle

/0 – L’hôtel Lasalle
0 – L’hôtel Lasalle 2018-07-14T20:02:34+00:00

Rapide survol de l’historique de l’Hôtel Lasalle

Recherche et présentation — Thérèse Lavertu, Simon Patry et Micheline Fréchette
L’Éveil du citoyen de Weedon, septembre 2016

      Hôtel Bernier Brunelle

Mercredi le 17 août 2016, l’Hôtel Lasalle s’est envolé en fumée. Pour les anciens de Weedon, beaucoup de souvenirs étaient rattachés à cet imposant édifice.

D’abord il fut construit au début du XIXe siècle sur le site de l’Hôtel Tricentenaire alors propriété de Bernier et Brunelle. Au sujet de cet hôtel, on lit, dans le journal de l’époque «Le Pionnier», qu’un permis d’auberge fut accordé à M. Louis Bernier en 1884. En 1887, les archives municipales de Weedon mentionnent que M. Bernier s’engage à fournir un local convenable avec meubles et accessoires pour les séances du conseil municipal, ceci au prix de 50 centins pour chaque rencontre.

Le 9 juin 1908, ce fut la catastrophe puisque le feu a détruit l’édifice, incendiant par la même occasion le magasin voisin, *Nazaire Beaudry* ,  et deux autres maisons situées à proximité. De façon non officielle, l’incendie fut attribué à une explosion de dynamite, laquelle était entreposée dans les hangars. Des rumeurs voulaient que la vibration lors des passages du train avait déclenché la conflagration.

Reconstruit en un temps record en 1908, plus beau et plus spacieux, le solage mesurait 40 x 71. Le propriétaire n’eut pas les moyens financiers pour terminer l’intérieur et sa santé déclina au point qu’il mourut peu après la construction. Sa succession fit faillite.

Mis en vente, les deux beaux-frères Philibert Lussier et Dominique Gosselin  s’en portèrent acquéreurs au coût de $3,850.00. C’était en 1910.

Les nouveaux propriétaires terminèrent l’intérieur de l’hôtel et une trentaine de chambres furent disponibles à la clientèle.

Ce fut le début d’une période lucrative, alors que venait de s’ouvrir une mine à Fontainebleau et que l’Hôtel Lamoureux situé de l’autre côté de la voie ferrée avait été détruit par un incendie à la fin de 1910.

C’est durant cette période qu’est né, le 3 octobre 1911, Philippe,  fils de Valéda Charest et Philibert Lussier. Il fut l’un des deux futurs évêques à voir le jour à Weedon, l’autre étant Mgr C.E. Tanguay.

«Ce fut une ère de prospérité, écrit, dans ses notes, l’épouse de l’un des propriétaires, madame Lussier née Charest, mais c’était une très lourde tâche. Nous avons eu à faire fonctionner l’hôtel et nous avons dû répondre aux besoins de la clientèle. Nous avons possédé jusqu’à 12 chevaux qui assuraient le transport des voyageurs et des patrons de la mine. Notre Réo 1912 fut l’une des premières autos à circuler à Weedon».

Sur le terrain voisin laissé vacant par la destruction du magasin Beaudry en 1908, le copropriétaire de l’hôtel, Dominique Gosselin, fit construire un magasin et sa résidence. «Tout fonctionnait bien, mais nous étions fatigués». C’est alors que s’est pointé un acheteur, monsieur Joseph Bemier, de Wotton. Après plusieurs tractations Gosselin et Lussier vendaient l’hôtel au prix de 13 000$.
C’était en 1918.

Ces notes ont été tirées de «La Boîte noire retrouvée»

À cette époque, on retrouvait le moulin à scie Skinner près du ruisseau Weedon; les billots à scier côtoyaient peut-être les clients de l’hôtel. Alors se sont succédés environ une vingtaine de propriétaires qui chacun à leur façon ont fait progresser l’hôtel et la municipalité. C’était un temps où ces établissements avaient un rôle à jouer. Dans les journaux tels «Le Progrès» et «Le Pionnier», on publiait, à peu près aux 15 jours, une liste des voyageurs inscrits au registre de l’hôtel. C’étaient des professionnels, des commerçants, des voyageurs de commerce et autres, souvent des anglophones. Une telle énumération de noms ferait sourire aujourd’hui.

Un kiosque pour la fanfare de Ti-Mus Moreau était installé près de l’hôtel alors que résonnaient, dans le village, les airs en vogue du temps.

À plusieurs reprises, selon les fantaisies des propriétaires, l’hôtel a changé de nom. Tour à tour Hôtel Alouette, Commercial, Weedon et enfin Lasalle.

Le successeur de J. Bemier fut Mastaï Drouin qui conserva son commerce pendant une décennie, puis il le vendit à John E. Flackey qui ne le garda qu’une année. Omer Gamache s’en porta acquéreur et le conserva une dizaine d’années.

Roger Bourgault (originaire de Weedon) qui posséda l’hôtel de 1944 à 1953 s’impliqua beaucoup, au niveau de la Chambre de commerce, des loisirs et des sports. Dans bien des cas, les hôteliers étaient les promoteurs des sports et des loisirs. Qu’il suffise de mentionner les terrains de baseball, de tennis et de hockey situés à proximité de l’hôtel.

Les dards, le patin à roulettes et autres furent importants. C’est durant cette période que monsieur Bourgault fit construire la salle de patins à roulettes. Cet endroit générera beaucoup d’activités; les jeunesses du temps, aujourd’hui de respectables retraités, s’en souviennent encore. C’est Gaudias Dumas qui installait les patins qu’il fallait louer et placer sous les chaussures. Que de belles heures en perspective. Plus tard, ce lieu fut converti en salle de réception.

Paul Giroux l’a possédé peu de temps, puis de 1953 à 56, c’est au tour de Fernand Riendeau et Daniel Perrault suivis, pendant une année, 1956, de Gendron et Bergeron. En 1957, Claude Blanchette tente sa chance.

L’hôtel subit une cure de rajeunissement sous la gouverne Comtois — Pichette, 1959 — 1984; à cette époque, l’édifice recouvert de briques rouges devint un immeuble tout de blanc vêtu. C’est Léopold Côté, père de Rosaire qui effectua cette transformation au début des années 40. L’intérieur fut aussi rénové. Cette cure de rajeunissement n’est pas passée inaperçue. La salle de patinage sur roues fonctionnait toujours, puis elle fut transformée en lieu de réception.

Jacques, le dernier de la lignée, était arrivé à l’hôtel avec ses parents à l’âge de 2 ans. C’est la période où on se déplaçait de loin pour déguster un bon steak et des repas à base de viande sauvage grâce aux talents culinaires de Rita Comtois-Pichette et de Thérèse Lapointe-Paradis. André Pichette, l’un des propriétaires, décéda à l’âge de 61 ans le 31 janvier 1981 dans un accident de motoneige. Rita, son épouse, continua à opérer l’hôtel jusqu’en 1984.

    Bar de l’hôtel Lasalle

En 1984, Pierre Bergeron et J-C Raîche font un rapide passage et, en 1986, Jacques Pichette prend la barre; il mentionne que ce lieu fut témoin de beaucoup d’événements heureux et de moments de bonheur. En 1988, M. Hervé Desmarais prend possession de l’hôtel. Sous la gestion de M. Desmarais, plusieurs locataires ont tenté de le faire fonctionner.

Il nous faut souligner que, peut-être, un des derniers événements d’envergure à avoir eu lieu à l’hôtel fut en 2004 alors que le 30e anniversaire du Club Lions fut célébré sous la présidence de Mme Colette Groleau.

L’Hôtel Lasalle, c’est beaucoup de souvenirs, de rencontres amicales, de jeux de cartes, de tournois de dards. des réceptions de mariage, des soirées dansantes, des idylles nouées, des projets d’affaires élaborés, tout cela durant le dernier siècle.

À vous maintenant, si le coeur vous en dit, de nous parler des trophées remportés aux dards et autres jeux. Il fut un temps où deux (2) orchestres, l’un venant de Montréal et l’autre de Thetford-Mines, assuraient la musique pour les danseurs. Des chanteurs(euses) de renom étaient invités(es); parmi ceux-là, on a accueilli Pierrette,  fille d’Ovila Légaré (personnalité de la radio de l’époque qui nous a charmé de sa belle voix); aussi, on s’est bien amusé avec Les Classels, Les Baronnets, Michel Louvain, Ti-Blanc Richard et sa fille Michelle et plusieurs autres. Que de conquêtes et d’aventures amoureuses furent vécues en ce lieu privilégié témoin des rendez-vous de la jeunesse du temps.

Sources
Archives municipales et de la société d’histoire
La Boite noire retrouvée
Les journaux Le Pionnier, Le Progrès des cantons
La Tribune
Des contrats d’archives
Plusieurs personnes interrogées

*Quelques erreurs de dates peuvent s’être glissées, nous nous en excusons. S’il-vous-plaît, nous en informer afin que nous puissions les corriger.